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Renzo Piano : une vie au service de l’architecture

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Renzo Piano naît le 14 septembre 1937 à Gênes, en Italie, dans une famille de constructeurs. Son grand-père avait fondé une entreprise de maçonnerie, développée ensuite par son père Carlo et ses oncles pour devenir la société Fratelli Piano. Cette entreprise prospère après la guerre, enchaînant les maisons, les usines, vendant des matériaux comme des petits pains. C’est dans ce chaudron bouillonnant que le jeune Renzo trempe son bec. Bien avant de dessiner ses premiers plans, il est déjà sur les chantiers à respirer la poussière, le ciment, l’odeur de la sueur et du dur labeur.

Quand il était môme, Renzo ne comprenait pas pourquoi sa mère pleurait chaque soir. Ce n’est que plus tard qu’il a compris le poids du drame : avant lui, il y avait eu un autre Renzo, un grand frère fauché à 13 ans par une septicémie après un sale coup sur un terrain de foot. Un vrai scénario de tragédie grecque, qui a laissé un trou béant dans la famille, une douleur silencieuse qu’on traîne comme une ombre.

Le jeune homme poursuit ses études d’architecture à l’Université Polytechnique de Milan, où il est influencé par son professeur Fabrice Albini, figure importante de l’architecture néo-rationaliste italienne. Cette approche, caractérisée par des matériaux sobres et un design élégant et minimaliste, inspire le jeune architecte.

Renzo Piano sur sa planche à dessin

Renzo Piano sur sa planche à dessin

En 1962, à l’âge de 25 ans, Piano épouse Magda Arduino, une jeune fille qu’il a connue pendant ses études à Gênes. De cette union naissent trois enfants, Carlo, Matteo et Lia.

En 1964, il obtient son diplôme avec une thèse sur la coordination modulaire, sous la direction de Giuseppe Ciribini. Il commence alors à travailler sur des structures légères expérimentales et des abris de base.

Entre 1965 et 1970, il prend son baluchon et va tailler la route. Il travaille notamment à Philadelphie avec l’architecte moderniste Louis Kahn, et à Londres avec l’ingénieur polonais Zygmunt Stanlislaw Makowski. Il fait également la rencontre de Jean Prouvé, célèbre architecte français, qui devient alors son mentor.

En 1968, il achève son premier bâtiment, l’usine IPE de Gênes, doté d’un toit en acier et polyester renforcé. La même année, il réalise une membrane continue pour le revêtement d’un pavillon à la Triennale de Milan.

En 1970, voilà qu’il décroche son premier gros poisson hors des frontières : le pavillon de l’Industrie Italienne pour l’Expo d’Osaka. Un boulot au Japon, pas la porte à côté, mais Renzo n’a pas froid aux yeux. Il s’allie avec son frère Ermanno et la boîte familiale, et ensemble ils bâtissent une structure en acier et polyester renforcé qui tient debout comme un samouraï dans la tempête, léger, solide, et surtout il devient une sacrée carte de visite pour l’international.

1973–1977, centre Pompidou, la reconnaissance international

L’affaire de l’Expo, ça a fait du bruit, suffisamment pour attirer un autre jeune loup, Richard Rogers. Un Anglais né à Florence d’une mère Italienne. Entre lui et Piano, ça a fait tilt direct. Deux zigues avec les mêmes idées en tête, ça ne pouvait que coller. Et voilà qu’un bureau d’études, Ove Arup & Partners, leur balance une idée pas piquée des hannetons : « Les gars, pourquoi vous ne tentez pas votre chance pour le concours du Centre Pompidou ? » Beaubourg, pour les intimes.

Ni une, ni deux, Piano file à Londres en 1971, monte une agence avec Rogers, sobrement baptisée Piano & Rogers. Et en juillet de la même année, boum ! Les deux lascars décrochent le pompon et remportent le concours.

Architecte Renzo Piano et Richard Rogers

Renzo Piano et Richard Rogers

Le Centre Georges Pompidou, c’est plus qu’un bâtiment, c’est un scandale architectural. Des tuyaux de partout, des entrailles à ciel ouvert. C’est du jamais-vu, il est très mal accueilli par le public Français mais il propulse Piano sur la scène internationale de l’architecture. En 2006, le centre avait reçu 180 millions de visiteurs depuis son ouverture au public le 2 Février 1977.
Malheureusement, Beaubourg fera une victime, son mariage avec Magda, sa femme préférant vivre à Gênes, ils se séparent.

En 1977, une fois Beaubourg bouclé et les échafaudages pliés, ils mettent fin à leur agence. Faut dire, le duo avait bien fait le job : Pompidou, c’était un tremplin en verre et en acier pour leurs carrières mais les deux hommes resteront amis jusqu’au décès de Richard en 2021. Chacun prend sa route, et Piano s’associe avec Peter Rice, un vieux complice du chantier parisien. Ensemble, ils posent leurs valises à Gênes et se lancent dans des projets variés, comme redonner un coup de neuf au vieux port d’Otranto. Jusqu’en 1981, ils bricolent des idées neuves, testent des matériaux qu’on n’avait encore vus que dans les rêves des ingénieurs. Une période fertile, où l’expérimental devient leur terrain de jeu favori.

En 1981, il fonde le Renzo Piano Building Workshop (RPBW), une agence internationale d’architecture avec des bureaux à Paris, Gênes et New York.

En 1982, il pond le Rigo Quarter, à Corciano, du côté de Pérouse, en Italie. Un truc pas banal, fini en 1984. L’idée ? Des baraques « évolutives », qu’on peut bidouiller et ajuster au gré des envies des habitants. Un quartier modulable qui s’adapte, comme un costard bien taillé.

The Menil collection, premiers pas aux Etats-unis

Entre 1981 et 1987, voilà Renzo  qui débarque au Texas pour signer son premier gros coup aux States : la Menil Collection, un musée pas comme les autres, taillé sur mesure pour John et Dominique de Ménil, des mécènes avec une passion brûlante pour l’art. Ces deux-là collectionnaient tout, des antiquités aux coups de pinceau contemporains, avec un faible pour le XXe siècle. Plus de 17 000 œuvres, rien que ça, et une idée fixe : offrir une expérience artistique qui secoue l’âme et chatouille les méninges. Piano, lui, sort l’artillerie lourde avec un toit révolutionnaire qui tamise la lumière comme un chef d’orchestre règle ses cuivres. Résultat ? Une lumière naturelle aux petits oignons, parfaite pour faire briller les chefs-d’œuvre

Menil Collection à Houston, Texas

Menil Collection à Houston, Texas

Un architecte au pied marin

Dans les années 80, Sitmar Cruises, ces as du paquebot, se sont mis en tête de sortir le grand jeu pour amadouer le marché nord-américain. Ils avaient commandé un navire de luxe, le Sitmar Fairmajesty, aux bons soins des Chantiers de l’Atlantique, chez les amis Français. Mais voilà, les Italiens, eux, avec Fincantieri en chef d’orchestre, ne voulaient pas rester sur le carreau. Du coup, ils ont fait comprendre, avec le sourire mais fermement, qu’ils préféraient que les prochains navires soient construits chez eux.
Ils ont même fait appel à Renzo Piano, l’architecte star, pour dessiner leurs joujoux flottants. Et lui, il a pondu un design inspiré d’un dauphin. Résultat des courses : le Crown Princess a vu le jour en 1990, suivi de son petit frère, le Regal Princess, qui est arrivé pile un an plus tard.
Comme il est natif de Gênes, berceau des grands navigateurs et de l’illustre Christophe Colomb, cet homme semble avoir la mer dans le sang. Architecte et marin dans l’âme, il a conçu pas moins de six voiliers, dont le célèbre « Kirribilli », et consacre ses week-ends à se laisser porter par le vent et les vagues. « À Gênes, je prends la barre d’un bateau que j’ai moi-même dessiné, et rien ne me plaît davantage que de jeter l’ancre au large de Portofino », confie-t-il, comme un capitaine attaché à son horizon marin.

En 1989, une certaine Emilia Rossato également native, comme lui, de Gênes débarque chez Renzo Piano Building Workshop. Elle est architecte diplômée de l’Université des Études de Gênes. Renzo, lui, il ne lui a pas fallu longtemps pour comprendre que ce n’était pas une collègue comme les autres. En 1992, ils unissent leurs destins sous le regard de Jacques Chirac, alors aux commandes de la mairie de Paris. Plus tard, le duo adopte un petit Giorgio, histoire de poser la dernière pierre à leur édifice familial.

Le Lingotto, un exemple de réhabilitation industrielle

En 1983, il se lance dans une entreprise titanesque : redonner vie à l’ancien site industriel de FIAT, le Lingotto à Turin, un bâtiment déjà érigé au rang d’icône par Le Corbusier dans Vers une architecture. Conçue entre 1917 et 1920 par l’ingénieur Giacomo Matte Trucco, l’usine impressionnait par ses proportions gigantesques et sa spectaculaire piste d’essai serpentant sur le toit.

Plutôt que de balayer d’un coup de bulldozer ce colosse industriel, Piano choisit de s’inspirer de ses fondations pour en écrire une nouvelle histoire. Il décida d’en conserver l’ossature originelle tout en lui insufflant une nouvelle vie, couche par couche. D’abord, une salle de concert, taillée comme une cathédrale souterraine, creusa la cour intérieure sur 14 mètres de profondeur (1990-1994). Ensuite, comme deux joyaux suspendus, une salle de réunion en forme de bulle et une hélisurface vinrent couronner le sommet de l’édifice (1992-1995). Enfin, la Pinacoteca, écrin d’art pour la collection des Agnelli, compléta cette métamorphose.

Il rêve d’un Lingotto métamorphosé en un château moderne, incarnant le renouveau de Turin tout en embrassant l’héritage de l’ancienne usine. Il imagine des jardins dessinant les contours géométriques du bâtiment central et préserve le quartier où vivaient autrefois les ouvriers. La transformation, véritable chantier titanesque, est longue, complexe et coûteuse. Mais le nouveau Lingotto, tel un phénix industriel, se dresse en hommage à un passé prospère tout en insufflant une nouvelle énergie au quartier : centre de conférences et auditorium, musées, hôtels, bureaux et galeries commerçantes s’y mêlent harmonieusement. Le tout est relié par une ligne de métro, comme un fil d’argent tissant un lien direct avec le cœur de la ville.

la Pinacoteca

la Pinacoteca abrite les œuvres d’art des Agnelli sur la toiture du Lingotto

Entre 1988 et 1994, il conçoit le terminal de l’aéroport international du Kansai au Japon, Une petite folie, plantée sur une île artificielle, un tour de force d’ingénierie et d’architecture. Quand le grand tremblement de terre de Kobe a débarqué en 1995, avec ses 7,2 sur l’échelle de Richter, ça n’a pas bronché. Solide comme un roc, l’aéroport a tenu le choc. Par sa longueur de 1700m , l’aéroport est capable de traiter cent mille passagers par jour. Kansai est l’un des plus vastes bâtiments jamais construits.

L’aéroport international du Kansai osaka

L’aéroport international du Kansai osaka

1992, y’a du chantier dans l’air. Il se met au boulot sur la Fondation Beyeler à Riehen, pas loin de Bâle en Suisse, livrée clé en main en 1997. Une affaire née dans la tête d’Ernst et Hildy Beyeler, qui voulaient une belle vitrine pour leur collection d’art. Pas de concours, pas de tambouille bureaucratique, Ernst Beyeler savait à qui il filait les clés. Piano pond un bijou : un bâtiment qui joue les caméléons dans le décor, avec un toit en verre léger comme une plume et des murs en pierre volcanique. Aujourd’hui, la Fondation Beyeler est considérée comme l’un des plus beaux musées du monde, alliant harmonieusement art, architecture et nature.

La Fondation Beyeler

La Fondation Beyeler

Dans les années 90, Renzo Piano, c’est pas un gars qui lambine. En 1991, il attaque un nouveau chantier  : le Centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Un mélange des genres qui chatouille l’œil et remue la caboche. Imaginez dix cases, chacune avec son gabarit, du bois, de l’acier, une pincée de tradition kanak et une louche de modernité. Ça respire les courants d’air locaux, parce que le gars a pensé à tout, même au vent. Inauguré en 1998, le bâtiment finit en 2003 dans le cercle  fermé des monuments historiques. Un coup de maître.

Centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa

Centre culturel Jean-Marie Tjibaou à Nouméa

En 1994, il reçoit le prestigieux Prix Praemium Imperiale pour l’architecture, est un prix attribué depuis 1989 par la famille impériale du Japon au nom de l’Association japonaise des beaux-arts, le prix consiste en une médaille et 15 millions de yens japonais, soit l’équivalent d’environ 125 000 €.

Au milieu des année 90 Matteo Piano, son fils né en 1968 à Gênes, a commencé sa carrière de designer en ouvrant Piano Design Studio. Matteo collabore à de nombreux projets avec son père, dont le réaménagement de l’usine historique Lingotto à Turin ou sur le monastère Sainte-Claire à Ronchamp avec des des chaises en hêtre produites par la firme Riva à Milan. Renzo aime travailler en famille, à l’Italienne.

1996-2006 : il redessine un quartier de Lyon avec la Cité internationale, un genre de couteau suisse urbain qui fait tout à la fois : palais des congrès, casino, hôtels, apparts, restos, cinémas, et même un Musée d’art contemporain pour les amateurs. Le projet est considéré comme une innovation urbaine, un vrai patchwork urbain. La Cité internationale est devenue l’un des quartiers les plus emblématiques de Lyon.

En 1998, Hermès charge Renzo Piano de concevoir son siège japonais à Tokyo, la construction démarre en 2000, fini en 2001, et voilà le quartier commerçant de Ginza, au cœur de Tokyo avec une façade qui illumine la nuit comme un bijou Hermès sous un projecteur. La façade est composée de 13 000 blocs de verre translucides mesurant 45×45 cm chacun, L’idée directrice était de créer une « lanterne magique » s’inspirant des lanternes traditionnelles japonaises en papier. Les blocs de verre ont été spécialement conçus pour répondre aux normes de sécurité incendie et antisismiques japonaises. Le bâtiment est devenu un repère architectural dans le paysage urbain de Tokyo.

La Maison Hermès à Tokyo

La Maison Hermès à Tokyo

Entre 1995 et 2002 il conçoit l’Auditorium Parco della Musica, Rome, Italie. En 1993, la ville de Rome lance un concours international pour la réalisation d’un complexe multifonctionnel dédié aux événements musicaux et culturels. Il remporte le concours en débarquant avec une idée qui sort du lot : pas un mastodonte, mais trois salles qui jouent solo, chacune son morceau. Les travaux démarrent en septembre 1995, sur un terrain de 55 000 m² du quartier Parioli, pas loin du Village Olympique. Ça s’active, ça bétonne, et le 21 avril 2002, la salle Santa Cecilia fait sa première. En décembre, c’est tout le complexe qui ouvre ses portes avec des salles pensées comme des Stradivarius géants et des caractéristiques acoustiques uniques. L’Auditorium est devenu l’un des plus grands pôles culturels d’Europe.

Auditorium Parco della Musica, Rome, Italie

Auditorium Parco della Musica, Rome, Italie

Pritzker 1998, le temps de la reconnaissance

En 1998, Piano reçoit le prestigieux prix Pritzker d’architecture, une reconnaissance de son talent exceptionnel et de sa contribution à l’architecture mondiale.

Au virage du millénaire, voilà Piano qui monte en régime et s’attaque à un gros morceau.

En 2000, après presque 150 ans d’existence, le New York Times décide d’emménager dans un nouveau siège social dans le quartier de Broadway. il s’attelle à la conception du Building. Sept ans de chantier, financé par Forest City Ratner Companies, un promoteur. La bête ? 52 étages, 319 mètres jusqu’à la flèche, un mastodonte de verre et d’acier qui s’impose dans le ciel de la Grosse Pomme. Et la façade, parlons-en ! Une double peau à faire pâlir les couturiers : un mur-rideau en verre limpide, piqué de 186 000 tiges en céramique. C’est pas juste joli, c’est vivant : ça change de teinte avec l’atmosphère, bleuâtre après une saucée, rougeoyant au crépuscule.

Présent à New-york pour la construction du building du Times, le 11 Septembre 2001 afin de fêter son anniversaire en famille, il vivra en direct les attentats du World Trade Center.

À l’intérieur, c’est du carré : les 28 premiers étages pour les p’tits gars du New York Times, et au-dessus, 24 étages squattés par des avocats et des boîtes immobilières. Résultat ? Une tour qui joue les caméléons, entre innovation, durabilité et transparence.

New York Times Building à New York,

New York Times Building à New York,

Entre 2000 et 2012, Piano conçoit The Shard à Londres, un gratte-ciel de 309 mètres qui toise Londres comme un grand seigneur. Avec sa silhouette en pyramide effilée, on dirait une lame plantée dans le ciel. Il est le plus haut bâtiment de l’Union européenne à son achèvement et devient un symbole du skyline londonien. Piano a précisé : »Je vois la tour comme une petite ville verticale pour près de 10 000 personnes qui y travailleraient et s’y amuseraient, ainsi que pour quelques autres centaines de milliers qui s’y rendraient chaque jour. C’est pourquoi j’ai inclus des magasins, des musées, des bureaux, des restaurants et des espaces résidentiels dans les soixante-douze niveaux ».

The Shard à Londres

The Shard à Londres

En 2004, il conçoit l’église Padre Pio à San Giovanni Rotondo, en Italie, Une vraie cathédrale des temps modernes, taillée comme un coquillage géant, capable d’embarquer 6500 pèlerins en quête de sacré. Avec cette prouesse, Renzo montre qu’il sait aussi parler au bon Dieu avec ses plans. Une leçon d’architecture sacrée qui dépoussière les chapelles et colle un sérieux coup de jeune au genre.

La même année, voilà que sa fille, Lia Piano, née à Gênes en 1972, entre dans la danse. Elle monte la Fondation Renzo Piano dont elle est aujourd’hui la directrice. Sous sa houlette, ça turbine sévère, la Fondation distribue des bourses, organise des ateliers, monte des expos, décerne des prix, et publie des bouquins…tout pour prêcher la bonne parole, celle de l’architecture comme art de bâtir. Elle a édité et publié une série monographique de huit volumes, consacrée aux bâtiments les plus célèbres conçus par Renzo Piano.

L’année 2005 voit l’achèvement du Centre Paul Klee à Berne, en Suisse. Trois collines artificielles qui ondulent comme des vagues en plein champ, un vrai coup de pinceau géant posé dans le paysage suisse. Ça ne dépareille pas, au contraire, ça s’imbrique si bien qu’on croirait que la nature elle-même a pris des cours d’architecture.

Centre Paul Klee à Berne

Centre Paul Klee à Berne

Chez Renzo, tout commence par une esquisse

Renzo Piano, voyage d’un bout à l’autre du globe, mais il garde un charme et une chaleur humaine qui feraient rougir un feu de cheminée. Ce qui laisse songeur, c’est comment il évite de nous resservir le même plat à chaque projet. Parce que des architectes qui répètent leur numéro, ça court les rues, mais Piano, lui, il refuse de tomber dans le réchauffée.

Comment il travaille ? D’abord, il débarque sur le terrain avec son carnet et ses crayons. Pas d’ordinateur, pas de plans compliqués, juste lui, le site, et un œil qui décortique tout. « Je ne m’implique jamais avant d’avoir écouté un lieu », qu’il dit. Écouter un lieu… c’est pas bête.

Une fois qu’il a gratté quelques croquis, il rentre au bercail pour en discuter avec son équipe. Et attention, chez lui, tout le monde met la main à la pâte. Les idées, elles circulent comme des petits trains : même ceux qui bossent pas sur un projet peuvent venir donner leur grain de sel.

Et le dessin, alors ? Chez Renzo Piano Building Workshop, on dessine à la mano. Mais pas un dessin trop joli, hein, sinon on risquerait de s’y attacher comme à une œuvre d’art. « Le dessin, c’est pas ce qui compte, c’est le bâtiment à la fin », et là-dessus, il a raison. Faut aller vite, laisser la main devancer la tête, parce que l’ordinateur, lui, il veut des ordres précis, et ça, c’est pas bon pour cogiter librement.

Esquisses-Renzo-Piano

Esquisses de Renzo Piano

Ensuite, il y a les maquettes. Ah, les maquettes, c’est le nerf de la guerre chez Piano. Dans son atelier parisien, on construit tout : des modèles minuscules aux trucs grandeur nature. Là, on vérifie tout dans les moindres détails : l’angle d’un escalier, la courbure d’un toit, la façon dont une poutre vient chatouiller un poteau. Et surtout, pas de chichis pour plaire au client. Les maquettes, c’est pas là pour séduire, c’est un outil de travail, un point c’est tout.
Parce qu’en architecture, faut pas se louper. Contrairement à une toile qu’on peut planquer dans un grenier si elle est ratée, un bâtiment, ça s’impose à tout le monde. Et pour longtemps. Alors Piano, il avance doucement mais sûrement, il teste, il affine, il réfléchit. Il le sait bien : avoir une idée, c’est une chose, mais l’amener jusqu’au bout, c’en est une autre. Et là-dessus, monsieur, on peut pas lui donner tort.

Sur la définition de son style, il refuse le high-tech en soi : « Le high-tech en tant que style, griffe, c’est ridicule ! » Il fustige toute « mode », synonyme de « paresse de l’esprit » et d' »académique ». Il lui semble que l’architecture c’est intrinsèquement de l' »invention ».

Plutôt qu’un style, ses clients viennent chercher chez lui une approche qui varie selon chaque site, du sur-mesure, tel un élégant costume « su misura » comme on dit du coté des tailleurs Milanais.

De 2008 à aujourd’hui, un architecte en constant renouvellement

En 2008, il se penche sur un nouveau casse-tête, l’Astrup Fearnley Museum d’Oslo, en Norvège. Et comme d’habitude, il sort la truelle magique. Ce complexe muséal, inauguré en 2012, avec son toit en verre courbe spectaculaire, est devenu un point de repère culturel majeur de la ville.

De 2007 à 2013, l’architecte réalise l’agrandissement du Kimbell Art Museum au Texas, doublant la taille du musée tout en respectant l’architecture originale de Louis Kahn.

En 2010, il se colle à la construction du Whitney Museum of American Art, en plein New York. Cinq ans plus tard, en 2015, le rideau se lève sur un bâtiment pas banal . Ce bâtiment asymétrique, avec ses terrasses en cascade offrant des vues sur la High Line et l’Hudson, illustre la capacité de Piano à créer des espaces muséaux innovants et adaptés à leur environnement urbain. Avec 33 musées au compteur, pas étonnant qu’on le surnomme « l’architecte des musées ». Faut dire, dans le genre bâtisseur, il joue dans la cour des grands.

En 2012, il sort la plume, et pas tout seul. Avec son fiston Carlo, journaliste affûté et diplômé en littérature moderne — un gars qui sait aligner les mots aussi bien que son père les plans — ils pondent « L’Almanach de l’architecte ». Un bouquin qui cause des défis de l’architecture d’aujourd’hui, entre durabilité et fragilité de notre bonne vieille Terre. Mais ça leur suffit pas. En 2019, ils remettent ça avec « Atlantide, Voyage à la recherche de la beauté », une balade littéraire à la chasse au sublime. Et comme ils ont encore de l’encre, en 2021, ils balancent « À la recherche de l’Atlantide. Voyage dans l’architecture pour jeunes rêveurs ». Du rêve pour les têtes pleines d’idées, signé Piano père et fils, duo de créateurs au diapason.

En 2013, Piano est nommé sénateur à vie de la République italienne par le président Giorgio Napolitano, en reconnaissance de ses contributions à l’architecture et à la culture italiennes.

En 2015, il livre sa partition avec la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à Paris, et autant dire qu’il ne joue pas en sourdine. Il s’attaque à l’ancien théâtre des Gobelins, là où Pathé projetait ses premiers films, et fait du neuf sans trahir l’ancien. La façade sculptée par Auguste Rodin en 1868, une pièce de musée qui fait le grand écart entre drame et comédie, reste intacte. Mais derrière, c’est une autre limonade : une coque tout en rondeurs, habillée de 5000 volets en alu gris, comme un clin d’œil aux toits en zinc de Paname. En haut, une verrière hémisphérique balance la lumière comme un projecteur de cinoche. Dedans, c’est du sérieux : 2200 m² pour caser les archives de Pathé, avec des affiches, des pubs, et des machines de cinéma qui datent de 1896. Dix ans plus tard, en 2024, la Fondation souffle ses dix bougies dans ce décor où le passé serre la main à la modernité.

Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à Paris

Fondation Jérôme Seydoux-Pathé à Paris

Parfois la réussite n’est pas au rendez-vous comme entre 2015 et 2018, ou il s’attaque au Tribunal de grande instance de Paris, un mastodonte de verre et d’acier censé tailler la justice du 21ᵉ siècle sur mesure. L’idée ? Offrir un palais moderne, centralisé, et pratique pour les robes noires. Mais à l’arrivée, le bilan est plus tranchant qu’un jugement : garde-corps bancals, escalators flippants, et une tronche d’immeuble de bureaux qui fait râler les puristes. Dedans, c’est pas mieux : des bureaux où les juges se les caillent, des trajets rallongés pour les greffiers de banlieue, et un coût qui pique les yeux. Quant à retoucher la sécurité, c’est une partie de mikado : impossible de bouger un truc sans flinguer l’esthétique. Et l’ambiance ? Un peu trop « open space » pour faire sérieux. Bref, un tribunal qui a du mal à convaincre, on ne peut pas gagner à tous les coups.

Tribunal de grande instance de Paris

Tribunal de grande instance de Paris

En 2016, il boucle le Centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos à Athènes, un bâtiment où il fait encore un numéro de voltige. Au menu : une bibliothèque nationale, un opéra, et au-dessus de tout ça, un toit en forme de voile solaire qui capte le soleil grec comme un marin pêche le vent, illustrant l’engagement de Piano envers l’architecture durable.

Centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos à Athènes

Centre culturel de la Fondation Stavros Niarchos à Athènes

En 2018, pour lui, ce n’est pas une année comme les autres, c’est l’appel du devoir. Le pont Morandi s’effondre à Gênes, sa ville natale, et laisse derrière lui un drame qui secoue tout le pays. Renzo, il prend pas le train en marche, il se met au boulot, gratos qui plus est. En 2020, le viaduc sort de terre, ou plutôt s’élève au-dessus, un ruban d’acier tendu comme une promesse. Pas juste un pont, non, un hommage aux victimes et une tape dans le dos pour une ville qui refuse de baisser les bras.

En 2023, l’homme est toujours à l’affût et malgré sa renommée mondiale, le voilà au conseil d’administration de la Fondation Agnelli. Piano est connu pour sa modestie et son dévouement à son métier, à l’âge de 86 ans, pas question pour lui de filer à la retraite avec un plaid sur les genoux.

Renzo Piano, à travers son immense carrière, se classe parmi les titans de l’architecture moderne. Il s’est vu décerner 26 prix, honorariats et doctorats honoris causa à travers le monde pour ses réalisations au cours de ces vingt dernières années. Son agence, Renzo Piano Building Workshop, compte environ 150 têtes, dont 90 architectes. Ses bâtiments c’est de la dentelle technique et du génie esthétique. Renzo Piano continue de redessiner le visage des villes aux quatre coins du globe, comme un maestro qui ne lâche jamais la baguette. Depuis la-haut, les fondateurs de la société Fratelli Piano, doivent être fier de lui.

Pascal T.

Citations:
https://www.archi-wiki.org/Personne:Renzo_Piano?uselang=de
https://www.houzz.fr/magazine/portrait-renzo-piano-l-architecte-monumental-a-l-origine-du-shard-stsetivw-vs~47423447
https://fondarch.lu/renzo-piano/
https://italian-traditions.com/fr/vie-oeuvre-renzo-piano/
https://www.linternaute.fr/biographie/art/1775488-renzo-piano-biographie-courte-dates-citations/
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0f/Renzo_Piano,_portrait.jpg?sa=X&ved=2ahUKEwj5heTel6eKAxWIOFkFHUFNMPoQ_B16BAgJEAI
https://fr.wikipedia.org/wiki/Renzo_Piano
https://decodebrouille.fr/architecte-italien-renzo-piano-le-visionnaire/
https://www.laculturebyrogers.com/post/renzo-piano
https://www.universalis.fr/encyclopedie/renzo-piano/2-un-travail-sur-la-lumiere/

https://www.rpbw.com/

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